samedi 18 juillet 2009

Cultivons notre Hip Hop

Dans la série des émissions de radio estivales, il y a «Cultivons notre Hip Hop» qui sort du lot. Il s'agit d'un collectif qui sévit cet été sur les ondes de CKIA 88,3 FM tous les jeudi à 20h. Leur propos est de changer l'image négative du Hip Hop et de faire connaître les artistes engagés et les groupes locaux (notez que l'un n'exclue pas l'autre). Sans être strictement francophone, une large place est fait au rap dans la langue de Molière, des deux côtés de l'Atlantique. Pour moi qui aime bien la musique mais qui a des connaissances (très) limitées, cette plateforme est un cadeau du ciel! Avis aux intéressés, ils et elles ont un blogue sur lequel ils ont mis en podcast leur 3 premières émissions.

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vendredi 17 juillet 2009

La NEFAC à Québec (2001-2008) - Bilan d’une implication

Un texte du hors-série de la revue Ruptures (mai 2009)

Je m’implique dans le mouvement anarchiste depuis maintenant une dizaine d’années. Avant d’arriver à l’anarchisme, j’ai milité pendant 5 ou 6 ans dans ce qui tenait lieu de mouvance radicale au début des années 1990, un mélange de trotskisme, d’antifascisme et de luttes étudiantes. Après quelques années d’implication à l’UQAM avec le MDE (Mouvement pour le droit à l’éducation) puis avec le CAP (Comité d’action politique), je participe à la création du Groupe libertaire Frayhayt au mois de septembre 1999, puis de la CLAC au mois de mars 2000.

J’ai appris l’existence de la NEFAC quelques mois avant le Sommet des Amériques, au cours de l’été 2000 si mes souvenirs sont bons. J’avoue avoir été plutôt sceptique quant à ses chances de réussir. Combien pouvait-il y avoir d’anarcho-communistes au Québec? Une douzaine? Non, vraiment, ça ne pouvait pas fonctionner. Il faut dire que l’expérience dans laquelle j’étais plongé –la CLAC- était pour le moins prometteuse. Ce à quoi nous rêvions, un mouvement de masse anti-capitaliste, était en train de prendre forme sous nos yeux, porté par la vague anti-mondialisation. Nous étions en mesure de mobiliser des milliers de personnes, non plus sur de vagues mots d’ordre dénonçant les effets du néolibéralisme (comme c’était le cas depuis plusieurs années), mais bien sur un rejet clair des fondements du système capitaliste. Mieux encore, les principes de démocratie directe, d’auto-organisation et d’éducation populaire étaient au coeur de cette démarche. Si les mois précédant le Sommet ont pu être grisants (et stressants), autant le Sommet lui-même a été à la hauteur de mes espérances. C’est à peine si j’ai eu connaissance de la participation de la NEFAC à ces événements, tellement les rues de Québec foisonnaient d’anarchistes et de révolutionnaires en tout genre.

L’après Sommet m’a vite fait déchanter. Dès le mois de juin, je rejoins celles et ceux qui, à Québec, s’étaient regroupé-e-s sous l’acronyme CASA (Comité d’accueil du Sommet des Amériques) pour une fin de semaine de réflexion près de Valcartier. Une trentaine de personnes, pour la plupart des étudiants et des étudiantes à l’Université Laval, participent à cette assemblée d’orientation. Malgré des débats intéressants, aucune perspective claire ne se dégage de la rencontre. Le Sommet est maintenant chose du passé, et avec lui, plusieurs des personnes présentes vont peu à peu abandonner l’activisme. Cette perspective –ou cette absence de perspectives- ne m’enchantait guère. Je collaborais de plus en plus régulièrement au journal «Rebelles». Je pensais pouvoir poursuivre sur cette lancée à mon retour à Québec. Malheureusement, le collectif qui édite «Rebelles» cesse lui aussi ses activités au cours de l’été. Je me tourne alors vers la seule organisation susceptible d’amener une implication à long terme, pour laquelle un projet collectif commun – le communisme libertaire- n’est pas un «tabou», mais quelque chose de pleinement assumé.

Je deviens sympathisant de la NEFAC au mois de juillet 2001. Quelques jours plus tard, le 23 juillet, je prends la parole au nom du groupe anarchiste Émile-Henry dans une manifestation pour dénoncer l’assassinat de Carlo Giuliani, devant le consulat italien à Limoilou, Je deviens membre de la fédération peu de temps après. Malgré quelques bémols à propos de la plateforme de la NEFAC, il me semblait plus important de me joindre à un groupe souhaitant développer un courant anarchiste organisé que d’aller de sommet en sommet, d’une campagne à l’autre, sans perspective révolutionnaire.

==> La suite sur le portail Anarkismo

Intégristes, Conservateurs, Pro-vies et Adéquistes : même combat!

On le sait, le Parti conservateur est proche des milieux intégristes chrétiens. C'est vrai dans l'Ouest canadien, mais aussi au Québec. Une nouvelle preuve vient de nous être fournie par l'allocution, le 30 juillet prochain, de "Maître" Fernando Noël lors d'un colloque organisé à Ste-Julienne par la revue Égards, la librairie Ville-Marie, l'Institut Rocher et Campagne Québec-Vie. L'avocat Fernando Noël est nul autre que l'attaché politique du député conservateur de Charlesbourg, Daniel Petit. Il doit prendre la parole sur "la création d’un réseau d’écoles catholiques" séparé du réseau d'éducation québécois, lequel permettrait de soustraire les élèves du cours d'Éthique et culture religieuse (ECR).

Le nouveau cours d'ECR est rapidement devenu le nouveau cheval de bataille de la droite conservatrice à travers la mise sur pied de la "Coalition pour la liberté en éducation". Ce regroupement a notamment organisé des manifestations à Québec et à Drummondville. Ses leaders incitent les parents à demander des exemptions du cours d'ECR pour leurs enfants.

Le porte-parole de la Coalition, Richard Décarie, sera également présent lors du colloque, tout comme Jean-François Plante, candidat à la direction de l'ADQ. Plante s'est surtout fait connaître pour ses positions masculinistes et mysogines lors de la campagne électorale de 2007, alors qu'il se présentait sous la bannière adéquiste dans le comté de Deux-Montagnes. Un autre exemple, s'il en fallait, de la proximité idéologique de cette formation politique avec les milieux les plus réactionnaires de la société québécoise!


Crise économique

L'indice rouge à lèvre, vous connaissez? Après les attentats du 11 septembre et la récession économique qui s'ensuivit, le pdg de la société Esthée Lauder a réalisé que les crises économiques étaient un bon moyen pour lui de faire du cash. En temps de crise, les ventes de rouge à lèvre sont en hausses! Y paraît même que le phénomène n'est pas nouveau et que ça date de la Grande dépression.

D'après les journalistes des médias de masse, les femmes délaissent les accessoires griffés, faute d'argent en banque, et achètent les valeurs sûres (rouge à lèvre, fond de teint, mascara). Le tout pour se mettre en valeur: tout le monde sait que les femmes préfèrent être coquettes que de payer leur loyer!

Dommage que l'indice ne calcule pas les profits de monsieur Lauder avec la misère des femmes et l'augmentation de la prostitution. J'sais pas pourquoi pas, j'ai plutôt l'impression que c'est du 200%. Non?

jeudi 16 juillet 2009

Nabeaume et l'Afghanistan

Resserrement des contrôles aux frontières


Le Canada vient d'imposer le visa aux Mexicains et aux Tchèques qui viennent au pays. En riposte, l'Union Européenne menace de faire de même pour les Canadiens qui désirent visiter l'Europe. De plus, le Mexique a imposé aujourd'hui une règle similaire pour les officiels et les diplomates canadiens.

Ce jeu de diplomatie internationale est triste et drôle à la fois. On ne peut que s'esclaffer une fois de plus de la sottise du gouvernement conservateur dans cette histoire. Celui-ci a imposé à la va-vite, en pleine période de tourisme, cette règle absurde. Ce qui est triste par contre, c'est la détresse de nombreuses familles qui doivent annuler leurs voyages à la dernière minute.

Ces politiques belliqueuses ne font que justifier les frontières artificielles des pays. Ça justifie l'emploi de douaniers armés aux frontières. Ça fortifie l'illusion nationale.

Face aux frontières il ne peut qu'y avoir qu'une solution: Leur abolition.

Le cours de la chair à canon est à la hausse


Nouvelles recrues canadiennes vue de la perspective d'un insurgé afghan.

L'armée se débat depuis quelques années avec un problème terrible: ses membres la quittent. Rappelons que quelques 124 soldat-e-s canadien-ne-s sont morts en Afghanistan. Forcément, ça refroidi les ardeurs des survivant-e-s. Juste l'an dernier, quelques 6 217 militaires n'ont pas renouvelé leur contrat. C'est presque 10% de l'effectif total! Hors, dans le meilleur des mondes militaires, l'armée s'est plutôt donné comme objectif d'augmenter encore ses effectifs de 10%.

D'où la campagne de recrutement massive qu'on observe depuis 2 ans. Et ça marche! Selon un article du Soleil, il y a de plus en plus de jeunes qui s'enrôlent dans l'armée canadienne. Depuis cinq ans, le recrutement a augmenté de 78 % pour atteindre 7 701 nouveaux soldats en 2008. Depuis cinq ans, malgré les pertes, les effectifs ont augmenté comme ça de 4 500 personnes.

C'est fou quand on y pense. Qui eu cru que tant de jeunes étaient prêt à se dissoudre dans l'institution la plus autoritaire de toute la société? Qui eu cru que tant de jeunes étaient prêt à tuer et être tué au nom de... de quoi déjà?

(Source)

mardi 14 juillet 2009

Culture libertaire: Anthologie de la revue espagnole BICICLETA


Les camarades de la Fondation Pierre Besnard annonce la publication en ligne d'une anthologie en français de la revue espagnole BICICLETA (1977-1982).

Qu'est-ce que BICICLETA?

BICICLETA fut une revue libertaire espagnole. Indépendante, elle n'était affiliée à aucun groupe, elle se voulait un reflet critique et un espace de réflexion anarchiste. Ces pages se font l'écho des débats houleux de la période qui a vu une formidable montée en puissance de l'anarchosyndicalisme --jusqu'à 200 000 cénétistes!-- et du mouvement libertaire en général puis son effondrement dans les scissions et le sectarisme des luttes de pouvoir entre divers «secteurs».

Même s'il n'est pas tout à fait remis, le mouvement libertaire espagnole est de loin le plus imposant au monde avec quelques 75 000 syndiqué-e-s chez les libertaires (à la CGT, à la CNT-AIT, à Solidaridad Obrera, etc.) sans parler du mouvement des okupas, de l'autonomie et des centres sociaux. Pour le comprendre, il faut revenir sur ces années «de transition».

C'est ce que cette anthologie d'une revue indépendante --dont le tirage s'est promené entre 30 000 et 6 000 exemplaires au gré des succès et boycotts divers-- permet de comprendre. Au moins un peu.

==> Le communiqué avec des liens vers les fichiers pdf des chapitres

Un café Starbucks de Québec se syndique aux IWW



Selon Le Soleil c'est maintenant officiel: une requête en accréditation syndicale a été déposée lundi par un groupe de salariéEs du café Starbucks du 1200, avenue de Germain-des-Prés. Fait inusité, le nouveau Syndicat des travailleurs et travailleuses de Starbuck est affilié aux IWW, la mythique centrale syndicaliste révolutionnaire nord-américaine.

Selon nos sources, la tentative de syndicalisation n'émane pas des wobblies directement. Il s'agirait d'un groupe autonome qui s'est tourné vers les syndicalistes révolutionnaires après s'être fait reviré de bord par les syndicats plus traditionnels. La présence d'une vigoureuse campagne aux États-Unis a attiré l'attention des québécois (vous n'avez qu'à taper Starbucks et Syndicat dans Google pour comprendre).

Selon le site des wobblies montréalais, il y aura aujourd'hui un piquetage de solidarité dans la métropole et une conférence de presse dans la capitale.

À lire dans Le Soleil
==>Syndicalisation des employés de Starbucks: Québec part le bal

À lire sur le site du syndicat
==> Se syndiquer avec les IWW: « Si nous pouvons le faire à Starbucks, nous pouvons le faire partout »
==> LES IWW CONTRE STARBUCKS

lundi 13 juillet 2009

Une autre idée géniale de l'Empereur Régis...



Contre l'élection, pour un sacre à Québec!

samedi 11 juillet 2009

L'anarchisme à la télé


Matthieu Dugal renoue avec ses mauvaises habitudes et ose aborder, quelle hérésie, des sujets controversés. Cette fois, l'anarchisme fait son entrée à l'antenne de VOX à l'émission des Éclecticks.

Les invités sont Paul St-Pierre Plamondon, fondateur de Génération d’idées, et Mathieu Houle-Courcelles qui présente son bouquin « Sur les traces de l’anarchisme au Québec ».

À voir sur Génération d’idées et anarchisme

vendredi 10 juillet 2009

La folie des grandeurs...


Place Québec comme on l'imaginait en 1969

La Ville de Québec a levé hier un obstacle pour le tandem FTQ-Accurso dans le dossier du développement de Place-Québec. En effet, la Ville a rétrocédé des «droits aériens» qu'elle avait acheté il y a quelques années... précisément pour empêcher la construction d'une nouvelle tour comme veulent le faire les promoteurs.

Tout le dossier est plutôt flou. Qui veut faire quoi? Combien d'étages? Qui sait... Une chose est sûre cependant, seul deux conseillers municipaux se sont opposé hier: Pierre Maheux, le conseiller du quartier, et Anne Guérette, la conseillère du quartier voisin de Montcalm. Tous les autres (enfin, ceux et celles qui étaient là!) ont voté pour. Même le RMQ dont c'est l'administration qui avait acheté ces droits-là!

Pourtant, il me semble que c'est clair. Si l'ancien propriétaire est prêt à racheter des droits aériens pour 2,5M$ afin de conclure une vente, c'est que le nouveau propriétaire veut faire quelque chose avec. Et avec le maire qui n'arrête pas de parler de tours et de gratte-ciels... Un moment donné 1 + 1 = 2. Faut se rendre à l'évidence! Et tant pis pour les problèmes occasionnés, notamment en matière de circulation automobile.

N'empêche. Pensez-y. Acheter des «droits aériens». Tout ça c'est de l'air bordel! On a cadastré de l'air au dessus d'une battisse. Quelle belle illustration de la folie d'un système débile. À Québec, le droit de construire éventuellement une tour vaut 2,5M$...

Source

jeudi 9 juillet 2009

Pendant ce temps en Afghanistan

Interview de Zoya, militante de l’Association révolutionnaire des femmes afghanes (RAWA)

Fondée en 1977, l’Association révolutionnaire des femmes afghanes (RAWA) est la plus vieille organisation politique active en Afghanistan. Sa « priorité est l’établissement d’un régime démocratique et laïc », fondé sur l’autodétermination du peuple afghan et où les droits des femmes seraient reconnus. RAWA mène clandestinement des opérations éducatives sur le terrain. Les militantes sont constamment menacées et agissent donc sous couvert d’action humanitaire. Cependant, RAWA « n’est pas une organisation humanitaire », et ses actions sociales restent subordonnées à des buts politiques.

Dans le cadre d’une tournée de conférences faite en février, Alternative libertaire a pu s’entretenir avec une de ses militantes, Zoya.



Alternative libertaire : Où en est la gauche radicale en Afghanistan ?

Zoya : La situation de la population est extrêmement préoccupante à tous points de vue : la guerre et l’occupation n’ont fait que renforcer la misère économique, sociale et culturelle. Pour les organisations de la gauche radicale comme RAWA, le contexte est très confus car elles doivent lutter contre une alliance objective entre quatre ennemis : les troupes d’occupation émanant d’une coalition de 41 pays étrangers, le gouvernement Karzaï de collaboration avec l’occupant, les barons de la drogue et les deux principales forces intégristes que sont les Talibans et les moudjahidin. Les organisations de résistance sont soumises à des pressions de toutes parts et peu parviennent, comme RAWA, à ne jamais se compromettre avec aucun de ces quatre ennemis du peuple afghan.

Comment analysez-vous le gouvernement Karzaï ?

Zoya : On peut voir le gouvernement Karzaï comme une interface politique entre les armées d’occupation et les potentats locaux (intégristes et barons de la drogue, qui bien souvent sont les mêmes). Depuis le premier jour, ce gouvernement a délaissé la cause du peuple afghan pour se plier aux intérêts des occupants en favorisant le trafic d’armes et de drogue et en instituant le règne de la corruption au cœur du système politique et juridique. Ainsi, le gouvernement gracie systématiquement les coupables de violences contre les femmes [1]. On pourrait faire la même analyse concernant le Parlement ou le système judiciaire.

Comment situez-vous votre combat dans ce contexte ?

Zoya : Notre combat est avant tout celui d’une résistance politique radicale à cette alliance objective. Nous dénonçons le compromis que propose le gouvernement Karzaï aux talibans pour les intégrer au gouvernement : cela n’apportera pas la paix. Le seul moyen d’avoir la paix est d’avoir la justice ! […] Nous prônons une forme d’auto-organisation politique seule apte à exprimer les revendications du peuple afghan dans un cadre non violent. Nous militons pour la création d’un front populaire démocratique qui rassemblerait des individus et des organisations démocratiques et anti-fondamentalistes aussi bien en Afghanistan qu’ici en Occident pour soutenir le peuple afghan. C’est très difficile, mais pas impossible !

Parlez-nous de votre action de terrain…

Zoya : L’action politique directe est très dure à mener en Afghanistan même, car elle est très durement réprimée : la fondatrice de RAWA, Meena, a été assassinée par un intégriste en 1987. Cela ne nous empêche pas de diffuser nos publications ou de faire des manifestations dans les camps de réfugiés au Pakistan, puisque les manifestations sont interdites en Afghanistan. D’autre part, nous faisons un travail de justice sociale : nous dispensons des cours de lecture et d’écriture pour lutter contre l’illettrisme, nous créons des orphelinats. Grâce à ce travail d’éducation nous luttons pour la démocratie et contre les préjugés et le fatalisme. On peut noter que RAWA, contrairement à la plupart des organisations humanitaires et politiques, intervient principalement dans les zones rurales, où l’influence des intégristes est bien plus forte qu’à Kaboul.


Propos recueillis par David (AL Alsace) en février 2009
(texte repris du portail Anarkismo)

www.rawa.org


[1] Entre-temps le gouvernement afghan a avalisé un projet de loi autorisant le viol conjugal, avant de reculer devant le tollé international.

mardi 7 juillet 2009

«Crise du logement: circulez, y'a rien à voir» dit l'OMH

En entrevue au Journal de Québec, Claude Foster, directeur général de l’Office municipal d'habitation (OMH), a déclaré sans rire, la semaine dernière, qu'il n'y avait pas de crise du logement à Québec. « La crise n’existe plus depuis deux ans parce que tous les organismes travaillent ensemble. Encore une fois, on essaie de rationaliser une situation qui est très émotive et on y arrive très bien avec l’aide de tous les intervenants » a-t-il dit.

En d'autres mots: tout va très bien, circulez, il n'y a rien à voir. Qu'en est-il vraiment? Concrètement, selon les chiffres même de l'OMH (cité dans un communiqué du FRAPRU), 136 ménages avaient fait appel à ses services au 1er juillet. De ce nombre, 86 avaient remplis une demande formelle. Au final, seul 4 ménages ont reçu un supplément au loyer. Rappelons qu'il y a 1601 ménages en attente d'un HLM à Québec.

Une chance qu'il n'y a pas de crise du logement à Québec... Qu'est-ce que ce serait sinon? Qui sait, peut-être qu'il y aurait un bidonville sur les plaines, comme dans le temps de Cove Fields...

lundi 6 juillet 2009

Luttes urbaines et changement social (Deuxième partie)

Une série estivale sur Voix de faits




Luttes urbaines et changement social
Déjà paru:
Les vieux quartiers populaires sont devenus des terrains de lutte de classe importants. Sous couvert de revitalisation et pour répondre aux besoins de la dictature automobile, on démolit, construit et défigure à tour de bras. Face aux bourgeois, grands ou petits, et à l’État, des gens se lèvent et la résistance s’organise en comités de citoyen-ne-s et groupes populaires. Droit au logement, services et médias communautaires, aménagement urbain, revendications locales, les habitant-e-s des quartiers veulent avoir leur mot à dire et maîtriser leur environnement immédiat. Pour qui ne s’enfarge pas dans les fleurs du tapis, c’est l’une des rares expressions contemporaines d’antagonisme socio-politique et, n’ayons pas peur des mots, de conscience de classe (au moins potentiellement). Voilà qui est précieux pour ceux et celles qui veulent changer le monde.

Des luttes coulées dans le béton


De quoi parles-t-on au juste lorsque l'on parle de luttes urbaines? D'abord précisons qu'il ne s'agit pas de toutes les luttes se déroulant en ville, ça n'aurait aucun sens et, surtout, rien de spécifique. Les luttes urbaines sont les luttes qui ont pour objet l'organisation même de la ville. Ce sont les luttes pour savoir qui décide de l'aménagement et du développement des quartiers: les promoteurs en fonction de la rentabilité immédiate de leurs projets, la bureaucratie municipale au nom d'un schémas de développement économique ou les gens en fonction de leurs besoins? Ce sont les luttes contre la gentrification, les luttes contre la dictature automobile, les luttes pour obtenir des équipements collectifs qui font défaut, les luttes sur le transport, etc. Ce sont en général des luttes qui unissent un nombre significatif d'habitant-es d'un quartier contre une autorité ou une menace externe quelconque.

Dans les quartiers, deux logiques s’affrontent. D’un côté, les résident-e-s veulent préserver et améliorer la qualité de vie, régler les problèmes communs et développer des projets qui répondent à des besoins locaux. De l’autre, la logique marchande pense le quartier comme un terrain vague à développer, un obstacle à franchir ou une marchandise à consommer par ceux et celles qui ont de l’argent à dépenser, sans tenir compte de l’impact ou des besoins des habitant-e-s. Par exemple, la Ville de Québec entend développer le secteur de la colline parlementaire et le secteur du boulevard Laurier, à Sainte-Foy. On parle de permettre la construction de nombreuses tours alors que les résident-e-s de ces quartiers se plaignent déjà de la circulation automobile infernale. On pourrait également parler de la surenchère d'«évènements spéciaux» dans le centre-ville. Dans tous les cas, on oppose les besoins et la qualité de vie des gens qui vivent sur place à un vague intérêt général.

Les conflits viennent du fait que la Ville est organisée en fonction du développement économique et qu’elle sert les intérêts des promoteurs immobiliers et des grandes institutions qui font rouler l’économie (et génèrent toujours plus de taxes, ce qui en retour sert les intérêts de la Ville!). Les citoyen-ne-s ne sont bons qu’à habiter la ville et, à la limite, se plaindre du déneigement (*). Le déséquilibre politique qui caractérise la ville crève les yeux. Alors que la vie se passe dans les quartiers, le vrai pouvoir est concentré entre les mains de quelques élus-es du comité exécutif et d’une haute fonction publique qui règne de droit divin technocratique. Il n'y a pour ainsi dire aucune reddition de comptes. Les élites locales tolèrent mal d’être dérangées dans leurs plans et leurs projets de développement par une populace bruyante et plus ou moins désargentée. Ils veulent bien consulter pour la forme (et encore!), mais ce ne sont pas les élus locaux, et encore moins la plèbe, qui vont leur dire quoi faire!

Tant que la population accepte d’être réduite à une masse de consommateurs et de touristes dans son propre patelin, l’avenir appartient aux affairistes. Par contre, quand ceux et celles qui habitent la ville et la font vivre se regroupent et se mobilisent, alors l’avenir est ouvert. Lorsqu'elles développent un rapport de force suffisant, les luttes urbaines permettent de remettre les élites locales, la haute fonction publique et les démagogues populistes à leur place. La seule manière de le faire est de faire parler la rue, encore et toujours, et de faire résonner sa voix jusque dans leur hôtel de ville et leurs salles de rédaction. Avec ou sans relais politique, le peuple ne doit pas avoir peur de s’imposer s’il veut être entendu... que ce soit sur le déneigement ou la densification!


Nicolas Phébus, 6 juillet 2009


Mise en garde: Nicolas Phébus est l'un de ces anarchistes qui travaille dans un groupe populaire... et qui y croit! Il est aussi membre de l'UCL.

(*) Rappelons que Régis Labeaume n'a reculé que sur un enjeu depuis son élection, à savoir une nouvelle politique de déneigement qui avait soulevé les passions et provoquée des assemblées publiques particulièrement houleuses aux quatre coins de la ville.